Si vous avez atterri ici, vous avez certainement déjà entendu parler de la permaculture. Que ce soit dans un reportage, un livre ou un documentaire (l’excellent Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion par exemple !), la permaculture y est souvent plus décrite qu’expliquée. D’ailleurs, nous utilisons certains principes de permaculture chez Les Sourciers ! Je ne vais cependant pas donner ici ma définition de la permaculture, mais plutôt essayer de vous offrir des pistes de réflexion qui vous aideront à vous faire un avis sur le sujet. Il est déjà difficile de définir la permaculture en quelques pages, alors imaginez en quelques lignes !

Si les parents de la permaculture, Bill Mollison et David Holmgrem, ont défini des principes fondamentaux, la permaculture ne peut se résumer simplement à travers une liste technique exhaustive. Pour le comprendre, il nous est d’abord nécessaire de reprendre certains concepts fondamentaux de biologie et d’agronomie que nous pensons parfois connaître sans en comprendre la réelle signification. Qu’est-ce qu’un écologiste ? Un agriculteur ? Quel rôle la nourriture peut-elle prendre dans le fonctionnement de notre société ? Voilà des questions essentielles auxquelles la permaculture tente de répondre !


L’écosystème réunit la biocénose (les êtres vivants) et le biotope (leur habitat) en une notion que l’on peut étudier. La discipline dont nous avons tous entendu parler, l’écologie, cherche à étudier les relations entre les êtres vivants au sein d’un écosystème, des grands mammifères à la microscopique bactérie. Ces relations peuvent être compétitives comme on l’entend souvent, mais ce que l’on sait moins c’est que 80% de la vie est collaborative ! Plantes, animaux et microbes s’entraident et cohabitent dans un gigantesque bouillon qui tente tant bien que mal de survivre et s’adapter aux évolutions du biotope (climat, montée des eaux, relief etc. ).

Quel rapport avec l’agriculture ? Et bien pour l’ingénieur agronome, le champ cultivé est un écosystème comme un autre, à l’exception près qu’il a été transformé à des fins de production. On l’appelle alors « agrosystème ».

A la base, l’agrosystème est composé de plusieurs éléments clés qu’il faut comprendre pour pouvoir le préserver et produire de manière durable :

  • l’horizon superficiel où se développe la graine et les racines ;
  • l’humus, réservoir du sol qui agrège la matière organique décomposée en surface et les ions de la roche mère en un gros complexe pour nourrir…
  • la biodiversité du sol, notamment les vers de terre qui déplacent la matière et aèrent le sol, ainsi que les bactéries responsables des différentes transformations chimiques du sol ;
  • la plante bien entendu avec ses différents organes (racines, tige, feuilles, fleurs/fruits) ;
  • le climat ;
  • la biodiversité environnante et leur habitat : haies, rongeurs, rapaces, insectes etc.

Dans les années 60-90, grâce aux progrès précédents de la mécanisation, des engrais chimiques et de la sélection variétale, l’agriculture se transforme et on simplifie la notion de champ afin de faciliter le travail de l’agriculteur et de permettre le grand remembrement qui détruira les nombreux petits bocages biscornus au profit des grands openfields adaptés au passage du tracteur : c’est la révolution verte. Si les rendements par surface ne seront pas grandement améliorés, les rendements par agriculteurs vont être démultipliés ! Ce que l’on appelle « agriculture conventionnelle », c’est cette manière très particulière de concevoir l’agrosystème, qui a résumé le champ à la plante, l’horizon superficiel et le climat. L’humus et la biodiversité, interdépendants et responsables de la bonne santé du sol ont été remplacés par des intrants chimiques (engrais, pesticides, herbicides etc.).

Ce changement de traitement va entrainer une réduction progressive de la biodiversité du sol et des environs désormais considérés comme inutiles, voire dangereux car plus difficiles à maîtriser. C’est ce qu’entend Claude Bourguignon quand il parle de « mort des sols ».

Quel rapport avec la permaculture me direz-vous ? Et bien cette dernière est justement née par opposition à ce système. Avant la révolution verte, la vision écologique de l’agriculture était extrêmement rudimentaire. En vérité, la plupart des fameuses techniques de permaculture sont des adaptations de vieilles techniques paysannes qui avaient simplement fait leurs preuves auparavant et que le permaculteur inclut dans une vision systémique.

Pour faire simple, là où nos arrière grands parents s’adonnaient à une agriculture paysanne qui se transmettait autant par nécessité que par tradition, la permaculture actuelle essaye de mieux maitriser les tenants et aboutissant de son champ.
Pas question ici de faire la prière le matin pour guérir nos plantes ! Il faut observer notre environnement, comprendre, expérimenter et s’en inspirer pour trouver des solutions. Le compost et les déjections d’animaux seront les engrais, et les verres de terre seront les tracteurs ! Plus question de lutter contre les ravageurs, on cherche désormais à trouver l’équilibre en favorisant la venue des prédateurs et en renforçant les défenses naturelles des plantes. On fait avec et non contre, moins vite mais mieux.

 

Il n’y a pas de règles en permaculture.
Certains la résument à des petits jardins de moins de 5 hectares sans tracteur. Pourtant, l’une des grandes références en la matière, Mark Shepard, a créé un système en agro-foresterie sur plus de 100 hectares !! Vous avez peut-être entendu parler des cultures en butte, très populaire en France. Mais en Afrique du nord c’est tout le contraire, on cultive en creux afin de conserver l’humidité. Sans parler de Sepp Holzer (photo de sa ferme ci-contre), cet agriculteur Autrichien qui fait pousser des oranges à plus de 1000m d’altitude en haute montagne !
L’un des principes fondamentaux de la permaculture est l’A-DAP-TA-TION. Il n’y a pas de cahier des charges ou de manuel. Pour installer son jardin, il faut observer son terrain, quel type de sol avez-vous ? Y a-t-il des haies dans les environs ? Des chauves-souris ou des oiseaux ? Le sol est-il plat ou pentu ?

Tous les permaculteurs vous le diront, la clé pour un beau jardin en permaculture c’est l’expérience ! Il est malheureusement assez onéreux de se former en France. Mais si vous avez les moyens d’aller à l’étranger, nombreux sont les paysans prêts à vous apprendre ce qu’ils savent en l’échange d’un simple coup de main. Certains même vous hébergeront ! A propos d’enseignement, nous allons enfin pouvoir aborder, après l’écologie et la production agricole, le troisième grand prisme d’étude de la permaculture : le social.

 

Ce n’est plus un secret pour personne, l’agriculteur est aujourd’hui malheureux. Malgré sa passion, un agriculteur se suicide tous les 2 jours en France, mais le système conventionnel, basé sur un cercle vicieux d’investissements et d’endettements à travers la course illusoire de la COM-PE-TI-TI-VI-TÉ ne semble par arriver à endiguer le problème. La permaculture table elle sur l’autonomie alimentaire, la diversité des espèces cultivées, l’augmentation des rendements à la surface sur des fermes à taille humaine, les services écosystémiques ainsi que sur les circuits-courts afin de favoriser l’entraide et améliorer le cadre de vie des agriculteurs.

Être paysan, ce n’est jamais une partie de plaisir, mais c’est toujours plus sympa quand on vit pas avec la peur de voir le prix de sa monoculture brutalement chuter, quand ce n’est pas les aides du gouvernements qui s’arrête du jour au lendemain.

Voilà, la permaculture c’est un peu de tout ça : proposer une alternative, réintroduire l’écologie dans la production, acquérir une forme d’autonomie, créer du lien social et rendre les agriculteur heureux. Bien sûr il y aurait encore tant de choses à dire, mais j’espère que ça bref aperçu vous donnera envie d’en savoir plus !

 

Quelques références pour aller plus loin :

  • Permaculture Design, une chaîne YouTube francophone référence sur la permaculture. Il y a de tout, de l’élaboration d’un potager à la construction de bâtiments, des recettes de cuisine, de la vulgarisation…
  • Plus orientée sur la pratique avec sa série « le Potager de A à Z », Permaculture, Agroécologie etc. est une chaîne YouTube complémentaire de Permaculture Design qui reste plus conceptuelle ;
  • Un article web très intéressant qui tente d’établir une définition de la permaculture ;
  • Véritable mine d’or, La Permaculture de Sepp Holzer vous apprend tout ce qu’il faut savoir sur les différents aspects d’un jardin en permaculture. Bien que plus adressée aux grandes surfaces, elle reste une référence, et la Bible d’un de nos stagiaires 😛 ;
  • Pour les plus scientifiques d’entre vous, la thèse de Kevin Morel sur la viabiltié des microfermes maraîchères biologiques offre une étude complète sur la viabilité économique, la gestion complexe des cultures, la définition d’une microferme et sa viabilité etc.

Merci à Pierre Defilippi, étudiant à AgroparisTech, pour son aide dans la rédaction de cet article.