Ecrire un livre en auto-édition : mon retour d’expérience étape par étape

Livre des Sourciers Hydroponie - maquette des dessins du livre

Écrire un livre en auto-édition est une expérience folle.

C’est beaucoup plus intense, long, cher et compliqué que ce que je n’avais pu imaginer.  

C’est évidemment très enrichissant aussi, et c’est pour cette raison que je m’étais lancée ce double défi : écrire un livre ET l’auto éditer. Mon accouchement du livre est à peine terminé à l’heure où j’écris ces lignes. J’ai imprimé 2500 exemplaires il y a deux semaines et j’en ai déjà distribué 1000. Avant de souffler je prends le temps de revenir sur cette expérience encore toute fraîche dans ma mémoire.  Comme toutes les expériences aussi fortes, je pense que j’en suis sortie grandie, évidemment, mais aussi un peu traumatisée !

Mon but avec cet article est de vous proposer un retour d’expérience sincère et chiffré sur l’auto-édition pour vous donner un aperçu clair de ce qui vous attend si vous y pensez.

MARION

L’idée 💡

Je ne pensais pas écrire un livre un jour. Je ne suis pas particulièrement littéraire, mon truc à moi c’est plutôt les vidéos. Puis, début 2018, je me suis faite contacter par plusieurs maisons d’éditions assez prestigieuses cherchant des personnes référentes dans leur domaine. Ces échanges ont boosté ma confiance en moi : en échangeant avec eux, ils avaient l’air de dire que tout le monde peut écrire ! Et apparemment rares sont ceux qui écrivent sur des sujets de niche. Et même si ce n’est pas « bien écrit » ce n’est pas important, tant que le fond y est. Intéressant…

Petit à petit je me suis laissée convaincre et j’ai eu plusieurs rendez-vous pour trouver la maison d’édition qui me serait la plus adaptée. Je suis allée jusqu’à signer avec l’une d’elles pour finalement revenir sur ma décision.

 

Voici les raisons pour lesquelles j’ai finalement préféré travailler en auto-édition plutôt qu’avec un contrat de maison d’édition

La liberté de choisir mon format de livre, mon style d’illustration et 100% de son contenu. 

En effet, lorsqu’on travaille avec une maison d’édition, l’ouvrage entre souvent dans une collection de livres sur une thématique, il y a donc des codes graphiques à respecter, une ligne éditoriale qui donne l’unité sur la collection. Ce qui serait parfait si je n’avais pas projeté exactement ce que je voulais. Il se trouve que ce que je veux est assez hors norme et ne correspondait pas à ce que les maisons d’édition financent (soit parce que le format ou style n’entre pas dans leur ligne éditoriale, soit parce que ce n’est pas assez grand public). Et je suis trop bornée pour faire des concessions une fois que je me suis imaginée un objet livre comme ci et comme ça je ne pouvais plus m’en défaire. Je savais que je n’écrirais pas plusieurs livres, celui-ci serait mon livre chouchou, j’allais y dédier un million d’heures de travail, il était hyper important pour moi qu’il soit exactement comme je le voulais, pour en être fière à 100%. Le sujet du livre fait débat puisque je voulais lui donner une orientation très personnelle, alors qu’un guide technique grand public « fait plus vendre ». Mais là encore ma démarche (puisque à force d’y penser, cela en était devenue une) n’était pas un projet économique – j’ai assez vite compris qu’on n’écrivait pas un livre pour gagner des sous – mais un projet de transmission. Peu important donc qu’il soit moins vendu, tant qu’il servait vraiment à ceux qui l’achetaient, leur offrant ainsi du contenu de niche qu’ils ne trouveraient pas ailleurs. Tout comme dans notre projet professionnel, je vise ici la qualité au détriment de la quantité.

La curiosité de découvrir le monde de l’édition.

Quand on travaille avec une maison d’édition, on ne s’occupe que du travail d’écriture, tout ce qui se passe avant, pendant et après nous échappe. Ce qui est vraiment du luxe car ça économise énormément de prise de tête, mais en même temps on ne fait qu’un seul métier alors que comprendre l’ensemble est passionnant. Et ce n’est qu’en faisant qu’on peut l’appréhender. Une fois jeté dans le vide, il faut tout apprendre, tout comprendre et vite ! À la fin le chemin aura été épuisant mais maintenant je sais comment ça marche ! 

 Ma communauté  

Lors des rendez-vous que j’ai eu avec les quelques maisons d’éditions que j’ai rencontré tout s’est déroulé relativement de la même façon : on m’a expliqué que je n’aurai qu’à écrire, et si possible fournir des photos libres de droit, que si je voulais de belles illustrations ce serait à ma charge, et qu’il faudrait que je communique à mort pour faire ma promo. Ce dernier point m’a un peu secoué. Je pensais que la maison d’édition pousserait à fond les ventes. Et c’est vrai qu’ils prévoient quelques envois presse, mais en réalité leur force de vente passe principalement par leur visibilité en point de vente (attention, c’est non négligeable !). Un ami auteur m’a confié avoir dû pousser à mort la com pour faire parler du livre à sa sortie car la maison d’édition ne s’en occupait pas du tout. Je me suis dit que j’avais la chance d’avoir une chaine youtube très suivie et quelques abonnés hyper sympas sur instagram et facebook, que je serais capable de faire quelque chose de très appliqué pour ma com. Mais forcément faire les choses bien ça coûte de l’argent, à ma charge du coup. Toutes ces informations de répartition des tâches et des frais à avancer pèsent dans la balance décisionnelle ! Quand une maison d’édition te propose 6% ou 7% (une moyenne normale) et que derrière tu dois payer tes photos, ta graphiste et ta com, et bien c’est naturel de se poser ces questions. 

 Pouvoir se permettre des fantaisies sans filtre 

Ah la liberté ! Notion précieuse … Un de mes plus grand bonheur d’avoir ma propre entreprise est de pouvoir l’ouvrir. Avant je devais me retenir quand je travaillais pour mon employeur. Je m’occupais de la communication pour une grosse boîte, et si des personnes m’insultaient sur les réseaux sociaux alors je devais rester mielleuse #torture. Haha maintenant je me fais plaisir de répondre aux détracteurs qui osent des propos déplacés en commentaire sur youtube. Quel bonheur de pouvoir être soi sans retenue. C’est ça aussi la liberté. Bon, dans un livre il ne s’agit pas de se défendre, mais plutôt de glisser des petites blagues parfois un peu osées qui auraient certainement été filtrées par un relecteur de maison d’édition. Dans mon livre il y a plein de petits trucs cachés : un dessin de ma fille faufilé discretos sur la couv’, un mot farfelu qu’on m’a challengé de glisser dans le texte, des légendes limites « Nico creuse une grosse tombe », une photo pleine page d’allaitement, des clins d’oeil aux copains dans le texte, des petits messages militants sur le féminisme, la tolérance etc… Et ça c’est vraiment cool, c’est ce qui en fait MON livre. Rien n’est plus agréable. Sinon ça aurait été « une version light » de mon livre. 

J’ai aussi pu faire des choix qui collent à mes valeurs (papier recyclé, imprimerie française, pas de vente sur Amazon) pour me sentir bien avec le projet. Le choix de ne pas travailler avec Amazon est très fort, au niveau des ventes c’est anti-stratégique, je me tire complètement dans le pied, mais je suis cool avec ça. Et ça n’aurait jamais été envisageable en passant par une maison d’édition.

Pour conclure cet immense premier point, j’ai principalement choisi d’écrire mon livre en auto-édition pour une question de liberté et de curiosité. 

Commencer à écrire ✍🏻

C’est propre à chacun mais personnellement j’ai largement étalé l’écriture du livre, je l’ai maintenue en parallèle à tout le reste. Je ne pouvais pas organiser ma vie pour avoir des journées entières dédiées à l’écriture du livre. Je ne suis pas à la retraite, loin de là… j’ai deux entreprises à faire fonctionner, je suis impliquée dans deux associations très actives, j’ai la chance d’avoir aussi deux petites filles, et une belle vie sociale. Impossible de me bloquer des créneaux de plus de 2 à 3h par ci par là. Ceux-ci finissaient très souvent sur des horaires nocturnes (comme la rédaction de cet article haha). Mon écriture aura été en pointillée pendant plus de deux ans. Avec un énorme coup de collier sur les derniers mois où il me restait encore un bon tiers du livre à écrire puis la totalité à peaufiner. 

 

L’inconvénient d’écrire en pointillé c’est que le style change avec le temps, parfois j’écrivais à la première personne, parfois à la troisième. En fonction de mon livre de chevet du moment je transposais sans le vouloir et m’exprimais parfois en langage « très soutenu » et parfois en « graaaave familier ». Le travail de lissage sur les dernières semaines aura été énorme car il n’y avait vraiment pas d’unité ! J’ai aussi retrouvé pas mal de passages qui se répétaient ou au contraire incomplets, après plusieurs centaines de pages on ne se souvient plus de ce qu’on a écrit …ou pas !  

 

L’avantage d’écrire sur une longue durée est de pouvoir adapter son écriture à son public, lorsque je croisais des personnes intéressées par notre projet, j’essayais de glaner des informations sur ce qu’ils aimeraient trouver dans ce genre d’ouvrage. Dans notre petit monde il y a beaucoup d’information en anglais mais la littérature technique française est très pauvre. J’ai aussi largement impliqué les personnes qui nous suivent sur les réseaux sociaux, en posant des questions ouvertes, regroupant les thématiques qu’ils aimeraient y voir paraitre. J’ai fait des petits questionnaires sur instagram qui m’ont bien aidé. Bien que ça génère aussi de la frustration car au final pour répondre à toutes les attentes il aurait fallu écrire pas moins de 10 livres hahaha. À la fin mon livre est bien plus complet et riche que ce que je pensais faire, car durant tous ces mois j’ai rajouté des petites touches qui à mes yeux font une belle différence. Je suis contente d’avoir pris mon temps (hop un avantage de plus à l’auto-édition : pas de pression de timing!).

Trouver un.e graphiste ✨

Quelqu’un qui vous accompagnera sur les dessins, le choix des photos, mais pas que ! Le travail d’une graphiste sur un livre en auto-édition est monstre ! Il ou elle porte sur ses épaules la responsabilité de la mise en page et du look du livre. La typo (tout un sujet !), la couverture, les couleurs, les marges, les pages spéciales, et j’en oublie. C’est un travail indispensable car non, on ne peut pas simplement imprimer son fichier world mouahaha 🤪 . Il y a un million de petits détails auxquels penser. Par exemple dans mon livre on a dû recouper certaines photos doubles pages et les décaler pour qu’elles s’affichent bien malgré les plis du livre qui font perdre quelques millimètres.

Mon conseil est de trouver quelqu’un qui a déjà une expérience de livre car c’est vraiment un monde à part. D’ailleurs quand ma super graphiste d’amour Perrine (Atelier Moustier) parlait avec mon imprimeur (Escourbiac) je ne comprenais rien, c’était que du blabla hyper technique. Je n’aurais jamais pu m’en sortir sans elle. J’ai eu la chance d’avoir trouvé une pépite qui pouvait gérer à la fois la mise en page et les illustrations, mais ça peut tout à fait être deux personnes différentes. 

Trouvez quelqu’un avec qui vous vous sentez à l’aise de dire « ça j’aime, ça je n’aime pas ». Il faut que la communication soit bien fluide car les décisions à prendre sont nombreuses et souvent importantes. On se connait depuis le lycée donc on se connait bien, mais on a débattu de longues heures sur la couleur de la couv’ et les maudites typos ! C’est plus compliqué que ce que je pensais car ce n’est pas une relation client – fournisseur. En réalité le graphiste a étudié des années pour écouter et proposer ce qui sera le plus adapté à l’auteur. Tandis que l’auteur peut avoir ses idées mais cet art n’est pas son métier, il doit faire confiance ! Dans ce travail d’équipe, en plus de bien représenter le projet et donc de générer des ventes, les deux doivent être fiers du rendu final. C’est vraiment une relation de « co-parentalité » que nous avons vécu avec Perrine !

Se renseigner sur la montagne qui vous attend ⛰

On m’a conseillé un ouvrage qui m’a beaucoup aidé à entrevoir toutes les étapes et à prendre des décisions assez tôt. Super précis et bien écrit je vous le conseille +++. Il s’agit de ce livre « Ah bon, ça c’est un livre autoédité » de Chloé Romengas.

J’y ai ainsi choisi bien en amont et en connaissance de cause mon mode de vente : depuis mon site internet, en gérant la distribution moi-même plutôt que de passer par des plateformes qui proposent ce service. Je reviendrai sur la distribution (gros sujet !).

Cet ouvrage m’a aussi rassuré sur les mentions légales à faire apparaître sur le livre, le statut à avoir pour pouvoir en vendre, la TVA, etc… Tous ces petits détails qui angoissent tant qu’on ne les maitrise pas, alors qu’ils ne sont vraiment pas compliqués #phobieadministrative 😓.

Dessiner une timeline pour le projet 🗓

C’est vraiment comme un chantier de maison : plusieurs tâches peuvent et doivent être menées en parallèle et certaines tâches doivent être terminées avant d’en commencer d’autres. J’ai tout simplement fait ma timeline sur Excel. Et bien entendu comme je suis humaine je ne l’ai pas totalement respectée. Mais ça m’a rassurée et ça m’a permis de me rendre compte des priorités mois par mois. 

Voici ma petite to-do et ci-dessus un aperçu de mon planning de projet (qui est imparfait, qui est le mien, mais si ça peut vous donner une base ou quelques idées … !).

TO-DO
Pre Prod S’informer sur auto-production
Pre Prod S’informer sur crowdfunding
Pre Prod Choisir un imprimeur
Pre Prod Choisir un correcteur
Pre Prod Choisir beta lecteurs
Production Terminer Écriture
Production Terminer budget livre
Production Dépôt légal livre
Production Demander numéro ISBN puis EAN
Production Mentions légales livre
Production Relecture livre
Production Correction livre
Production Imprimer
Communication Écrire script vidéo crowdfunding
Communication Faire vidéo crowdfunding
Communication Faire visuels description campagne
Communication Planifier publications campagne
Communication Compléter page Miimosa
Communication Création mediakit campagne
Communication Campagne
Communication Bloc sur le site qui renvoie vers Miimosa
Communication Récupération graines tomates
Communication Impression planning semis
Communication Liste de contacts pro/perso
Post Prod Déterminer frais port et emballage
Post Prod Envoi livres
Post Prod Mentions légales site
Post Prod Création page vente en ligne

Faire les comptes une première fois 💰

Avant de passer à l’étape suivante, il est nécessaire de connaître le prix de vente de son livre. Une donnée hyper importante. Lorsque j’étais allé voir la maison d’édition ils m’avaient dit « oh si tu veux un livre à ce format là, c’est du 19,50 € ». J’étais bluffée. Ah bon on calcul ça à l’œil ? En fait non. Si eux peuvent lisser des frais car ils gèrent la plupart des dépenses en interne, attention on ne fixe pas un prix au pif. Produire un livre en auto-édition coûte bien plus cher qu’en passant par une maison d’édition. Mon livre coûte 30 € et ma marge est de 8 €, soit 26%.  Notez que je dis « marge » comme si c’était du bénéfice, mais comme j’évalue mon temps de travail à environ un million d’heures, c’est en réalité une bien petite paye. Ce qui n’est pas un problème par ailleurs car ce projet n’est pas financier (sinon je me jette par la fenêtre je vous le dis direct).

Bon pour calculer le prix vous devrez estimer plusieurs coûts. Prenez de la marge car les imprévus surviennent. Je vous mets ici une idée de mes postes de dépense :

  • Impression (15.000 €)
  • Communication pré-prod et contreparties miimosa (4.000€)
  • Graphisme, mise en page, production et droits sur photos (4.000€)
  • Relecture et correction (1.500€)
  • Envoi postaux (6,50€/livre en metrop – ou entre 10€ et 20€ à l’étranger)
  • Emballage postal (1€ pièce)
  • Communication post-prod (1800€)
  • Charges sociales 
  • Commission de la plateforme de payement (paypal et stripe pour moi)

En tout c’est un projet qui fait dépenser dans les 50.000 € (aïe)

Enfin l’étape suprême : définissez votre prix de vente.

En ce qui me concerne j’ai utilisé un outil Excel déjà tout pré-rempli. Je ne vous le partage volontairement pas ici car il se télécharge par un lien dans le livre de Chloé Romengas. Il permet de rentrer tous ses chiffres et de déterminer une marge, ce qui aide à calculer le prix de vente. En ce qui me concerne le livre se vend 30 € en main propre ou 36 € avec envoi et je gagne 8 € par livre vendu. 

À noter que ce calcul de rentabilité est valable pour ce premier tirage, il sera beaucoup plus élevé pour une réédition (si j’en fais une) car beaucoup de frais seront déjà amortis.

Réfléchir au financement du livre 💸

Car oui la grande contrainte de l’auto-édition est financière. Ça coûte TRÈS cher de faire un livre. Rien que l’impression m’aura coûté dans les 15.000 €, je ne sais pas vous, mais moi je ne les avais pas en trésorerie ! 

La magie de notre époque se révèle dans ce genre d’aventure, et là où j’aurais été contrainte de laisser tomber il y a quelques années, aujourd’hui la solution est toute simple : une campagne de crowdfunding

Il s’agit de présenter le projet sur une plateforme de financement participatif et de proposer au plus grand nombre de soutenir votre projet en le finançant moyennant contreparties. Dans mon cas de figure j’ai choisi une contrepartie livre : c’est donc l’équivalent à une prévente. Pendant 1 mois j’allais parler à fond du livre et voir si des personnes étaient réellement intéressées par celui-ci. Si peu de gens pré-achetaient le livre, alors le projet était à côté de la plaque et il me faudrait abandonner ou réajuster. Les personnes sont alors remboursées et personne n’y perd. Si beaucoup de gens achètent le livre alors bingo c’est que le projet intéresse. C’est un excellent test d’intérêt. 

Évidemment vos amis sont sympas, ils vous aiment et vous achèteraient des cailloux pour vous voir heureux. Alors il ne faut pas se fier à leurs encouragements. Il faut voir si « ça prend » du côté de ceux qui s’en foutent un peu de vous, mais pas de votre projet. 

Le timing !

Tout le monde vous le dira : une campagne de crowdfunding ne s’improvise pas. (Ce qu’on appelle la « campagne » est la période de temps pendant laquelle la pré-vente est ouverte.)  Enfin si vous pouvez y aller en freestyle mais alors les résultats seront décevants. C’est un levier énorme mais il faut y investir du temps pour que ça lève beaucoup. Nous l’avons préparé environ deux mois en avance avec une agence de com « oiseau bondissant » et ma graphiste. Nous avons commencé par aller nous balader sur les campagnes qui nous avaient marqués pour noter ce qui nous avait plu. Ce travail de recherche en amont est vraiment important car il y a tellement de façons de présenter un projet, la forme est très importante. 

La plateforme

On a choisi assez naturellement la plateforme Miimosa que je connaissais car elle est spécialisée sur les projets agricoles et a accompagné plusieurs projets de mon asso d’agriculture urbaine l’AFAUP. Un excellent choix car ils nous ont fait un accompagnement en OR 🤩 . En amont de la campagne on a eu un rdv avec un conseiller avec qui on a échangé avant, pendant et après la campagne, tout cet accompagnement est gratuit (la plateforme se finance en % sur les résultats) et c’est très rassurant d’avoir un contact privilégié à tout moment. 

Le lancement

La limitation dans le temps est importante car elle stimule. C’est comme un feu qu’il faut garder en vie en l’alimentant en permanence. Avant la campagne il faut teaser à mort en prévenant tout le monde que bientôt le livre sera en prévente. Puis il y a le lancement de la campagne qui est un moment surexcitant et flippant : est-ce que des gens vont l’acheter ? Bien sûr ma maman est la première à s’offrir un livre 💛.  Les copains suivent de près, ils sont au top. Et nous avions 30 jours à animer pour que le feu reste en vie, que le projet gonfle et ne retombe pas tout froid. Alors il faut avoir prévu une foule de petites communications pour rythmer tout ça. 

Le planning des publications

Et pour que ce soit bien fait, il faut une homogénéité dans les visuels et les sujets de communication. Alors comment on fait ça pour que ce soit beau comme si on était une vraie grande marque ? 

Pour notre part, on a simplement défini les grandes lignes sur un Excel : qu’est ce qu’on veut raconter ? À quel rythme, comment ? et surtout où ? Pour chaque publication il faudra définir un visuel qui sera préparé à l’avance, associé à un texte qui sera lui aussi rédigé à l’avance. Et évidement laisser de la place sur ce planning éditorial (petit aperçu ci-dessous) pour des concepts imaginés sur le vif, associés à l’actualité ou à une idée rigolote qui surgit comme ça. On n’est pas des machines.

Planning éditorial de campagne crowdfunding - les sourciers

Le planning est dressé, on n’oublie pas des autres petits détails : un bannière sur le site web, sur chacun des réseaux sociaux (Instagram, Facebook, LinkedIn, Twitter), les emails personnalisés aux contacts pros, la newsletter et tutti quanti. Ça prend un temps monstre ! 

LA vidéo

En parallèle de cette préparation on sait qu’il nous faudra des visuels et surtout une vidéo très belle. Plus personne ne lit les textes alors une vidéo fait tout le job. On écrit le script en équipe et mes amis d’Oiseau bondissant font la route jusqu’à dans le Gers pour filmer ça. Le tournage dure 5 jours et sera aussi très éprouvant, mais on garde la pêche et surtout le smile. J’ai filmé plus de 200 vidéos pour ma chaine youtube mais cette vidéo est ma première grosse production : maquillage, drone, script, micros de pros, caméra de making off, … attention ça ne rigole pas ! Le rendu est incroyable et j’ai chialé like a baby quand je l’ai vu pour la première fois.

Cette vidéo était la meilleure idée et le meilleur investissement de tout le projet livre. Des maisons d’édition m’ont contacté après l’avoir vu pour travailler avec moi. Je leur disais « mais vous n’avez pas lu le livre » et ils m’ont répondu « non mais la vidéo est ouf donc le livre est certainement génial, on vous fait confiance » waaaaah…

Alex et Charlotte prennent aussi des superbes photos qui alimenteront nos publications tout en long de la campagne, puis terminent dans le livre hop quand c’est beau on ne peut plus s’en passer. 

Faciliter la viralité – le média-kit

On définit les paliers, les contreparties (que je vous conseille peu nombreuses sinon après logistiquement les envoyer c’est la galère !!), on renseigne notre page de campagne et on rédige un communiqué de presse et un média kit. 

Le média kit est un point important, nous l’avons présenté sous forme de dossier drive qui comprend le communiqué de presse et surtout des photos et vidéos dans plusieurs formats selon le réseau social (vertical pour story IG, carré pour Facebook). J’envoie tout simplement le lien du dossier drive dans la newsletter et dans tous mes emails personnalisés à mes amis, contacts processionnels et aux médias. Je me mets à leur place : c’est beaucoup plus tentant de partager une info quand on vous a prémâché le travail. 

Et grâce à ces illustrations au bon format tout prêt en deux clics depuis son portable c’est partagé sur les réseaux de nos connaissances. Ça demande du travail en amont mais c’est vraiment plus efficace. 

Pendant le feu  🔥

Pendant la campagne il faudra publier ce qui aura été défini en avance, il y aura plein de petits ajustements et un flot de questions et commentaires auxquel répondre. On savait que ce serait le gros du travail, c’est pour ça que notre planning éditorial était préparé en avance. De cette façon j’étais vraiment disponible pour répondre à tout le monde, remercier encore et encore. Je visais 300 préventes et on en a fait 667 en 30 jours … ça a été la folie ! 

Les médias ont très peu relayé, par contre le bouche à oreille a vraiment bien fonctionné. Les gens taggaient leurs amis sur les publications, j’ai fait une FAQ sur youtube et aussi une vidéos « behind the scènes » avec ma plus belle chute filmée !! 

Ce qui a bien marché

Avoir écrit 150 fois le texte de présentation de notre projet (pour notre site web, pour miimosa, pour le communiqué de presse, et pour le script de la vidéo) m’a vraiment aidé à pouvoir le synthétiser. Il fallait toujours pouvoir l’expliquer en plus court, donc je virais le superflu petit à petit pour finalement ne garder que l’essentiel. Et je pense que ça a bien marché car le message était finalement très clair, le gens comprenait tout de suite la démarche. 

Ce qui aurait pu être mieux

Là où je me suis un peu planté sur les pré-ventes, c’est que j’ai proposé une livraison partout en Europe et dans le dom tom au même tarif qu’en France métropolitaine. C’était un geste pour les personnes des dom tom pour qui tout est toujours plus cher (et ça m’énerve), donc je voulais leur faire ce petit cadeau. Mais je m’étais mal renseignée ! J’ai eu quelques  commandes des dom tom, mais aussi et surtout énormément de commandes de Belgique. Or, bien qu’étant un pays juste à côté, les envois en Belgique sont (comme partout en Europe) hors de prix pour mon gros pavé qui pèse presque 1Kg. Et j’ai dû payer presque une centaine de timbres à 15 € (soit presque 3 fois mon budget alloué) pour tous ces envois. Je me suis bien tiré une balle dans le pied avec cette belle idée d’être inclusive #oupsiii 

Point de vigilance

Nous avions un produit physique à envoyer, les personnes qui laissent leur nom et leur adresse au moment du payement doivent être attentif à ce qu’ils écrivent. Je me suis retrouvée à contacter une cinquantaine de personne une par une car leur adresse était incomplète, ou leur nom celui de facebook (ils s’étaient identifiés comme ça). Il y a aussi ceux que je n’ai pas su repérer et donc le livre m’est revenu car ils n’ont pas précisé leur numéro de bâtiment, le nom de leur asso, ou truc du genre. Donc essayer de glisser un texte quelque part pour les inciter à faire attention aux détails au moment du formulaire de payement. Il ne faut pas non plus un lapse de temps trop long entre la pré-vente et l’envoi du livre car les gens déménagent et ne vous préviennent pas ! 

Bilan

Grace à Miimosa, nous avons pu recevoir 25.000 € pour le projet. Ce n’est pas un don, c’est une prévente, en contrepartie il faut envoyer des livres ! (et vite)

Re-faire les comptes 💰

Si la campagne marche et donne une trésorerie suffisante pour envisager d’imprimer le livre, il est temps de se poser devant son excel et de refaire les comptes. 

On aura essayé de dépenser un minimum d’argent au début du projet car si la campagne de financement participatif est un échec et qu’on abandonne le projet, ces sous là ne se récupèrent pas. C’est un point compliqué car pour faire campagne c’est mieux d’avoir des visuels à montrer, donc d’avoir fait travailler le graphiste. Et évidemment la communication qui accompagne la campagne coûte cher. 

Il est temps de déterminer combien d’exemplaires imprimer, selon le succès de la campagne. Imprimer plus de livre est intéressant car cela permet de faire des économies d’échelle et donc plus de marge. Par contre ça veut dire stocker plus de livre, peut-être plus longtemps, sachant que ce sont des produits qui peuvent s’abimer ou devenir obsolète avec le temps. Ça veut dire aussi attendre plus longtemps pour une ré-édition, et si vous voyez une faute énorme après impression, il faudra attendre toutes ces années avant de la voir disparaître, l’angoisse !

Peaufiner sa plateforme de vente en ligne 💻

Dès que la campagne a été terminée j’ai décidé de continuer à pré-vendre les livres depuis mon site internet. Comme j’avais calmé la com (pour me consacrer au reste de l’écriture) j’en vendais beaucoup moins, mais les personnes arrivées sur le tard avait quelque part où nous trouver. Nous avons alors édité tous les liens de nos contenus (par exemple en description des vidéos) vers cette page plutôt que vers la page miimosa où la pré-vente était terminée. On en a vendu une centaine sans en parler, donc c’est assez efficace.

Et pour avoir cette page prête au lendemain de la fin de la campagne, et bien il faut s’y prendre un peu en avance. Il faut bien réfléchir à tous les champs, les options de livraison, le payement en ligne, écrire les conditions générales de ventes, designer le look, le tunnel de vente, … En ce qui me concerne je n’avais pas mesuré à quel point notre livre allait intéresser des personnes à l’étranger et je n’avais pas prévu de livraison en Belgique, Canada, Afrique, Suisse, USA … J’ai dû faire du bricolage au dernier moment, traiter ces personnes au cas par cas, et ça m’a mangé un temps fou ! 

Impliquer les bêta lecteurs 😎

Quand l’écriture est assez avancée vous pouvez faire relire votre manuscrit. Là encore je n’y aurai jamais pensé mais c’est un des nombreux précieux conseils glanés dans le livre « Ah bon, ça c’est un livre auto-édité » de Chloé Romengas

Attention le choix des relecteurs est crucial ! J’ai personnellement choisi 3 personnes. C’était assez pour avoir beaucoup de matière pour m’améliorer. Plus aurait été trop car je n’aurai jamais trouvé le temps de relire plus de corrections et suggestions. 

  • J’ai choisi ma maman car elle me connait bien, et surtout notre projet. Elle est prof donc les corrections ça la connait (ohlala les annotations au stylo rouge dans la marge qui font resurgir des souvenirs d’école !)
  • J’ai choisi une amie avec qui on a fondé un club de lecture ici dans le Gers, elle lit énormément et à un super sens critique.
  • J’ai choisi une personne que je ne connais pas, sur Instagram. C’était important d’avoir une « inconnue » car ma maman et mon amie mettraient peut-être beaucoup de filtres là ou une personne avec qui on n’a pas de lien affectif irait droit au but. J’ai choisi quelqu’un qui nous suit, avec qui j’avais eu des échanges enrichissants, et qui avait l’air d’aimer lire. Je suis trop bien tombée car elle a dit OUI <3

Ce que j’ai bien fait :

J’ai envoyé les manuscrits imprimés sur papier ET en version digitale car chacun est plus ou moins à l’aise avec tel ou tel format. J’ai aussi envoyé un email avec des consignes spéciales. Je ne voulais pas qu’elles perdent du temps sur l’orthographe : un professionnel allait s’en charger. Je voulais surtout qu’elles critiquent le déroulé logique du discours, la trame, le rythme, le ton et la pertinence des propos. J’ai eu beaucoup de chance car leurs retours étaient à la fois cohérents les unes avec les autres, mais aussi très complémentaires. Leurs critiques étaient toujours bien tournées et constructives. Et je dois vous avouer qu’à ce stade, une pichenette aurait suffi pour me démotiver. Au contraire elles ont su trouver le bon dosage d’encouragements et de conseils d’amélioration pour me motiver et me faire sentir progresser. Il y a tellement de choses que je n’aurai pas vu sans leur vision, et qui aujourd’hui me semblent une évidence. Alors cette étape est hyper importante ! 

Ce dont je ne me rendais pas compte :

Les béta lecteurs passent un temps fou pour cette tâche. C’est vraiment un énorme service que vous leur demandez donc choisissez des personnes qui ont un peu de temps devant eux, et que vous pourrez chaleureusement remercier le temps venu. Votre travail de correction suite à la réception des manuscrits corrigés est immense ! Et c’est aussi très compliqué de travailler avec 3 textes corrigés différemment, il faut trouver une méthode.

Trouver un correcteur 💯

Une fois que l’écriture est bien avancée, il faut trouver une personne ou une agence pour corriger le livre. Je me suis complètement plantée sur ce point ! Et j’en ai payé le prix fort matériellement et énergétiquement. En une petite recherche google j’avais vu qu’il y avait des agences de correction, qu’on leur envoyait le manuscrit et hop en 3 jours ils passaient par un logiciel magique puis une petite relecture et hop c’est good. Tout ça pour un tarif au mot dérisoire. J’avais budgétisé 200€ et bloqué deux semaines pour cette tâche. Ah c’est beau la naïveté ! (on croit ce qui nous arrange non?). 

Un peu par hasard je suis tombée sur les stories de VEIR magazine, où elles expliquaient le travail de leurs correcteurs. Ah bon on peut demander à des personnes en freelance de faire ça ? Armée de bons sentiments je me suis dis qu’il vaudrait mieux faire travailler des personnes à leurs comptes plutôt qu’une agence qui est peut-être basée à l’étranger et qui fait peut-être travailler des enfants (bonjour la paranoïa). Et ce sont ces beaux sentiments qui m’ont en partie sauvée. Car si j’avais envoyé mon manuscrit quelques jours avant l’impression à une agence comme ça, j’aurais récupéré un torchon – propre certes – mais encore un torchon. 

En fait j’ai découvert que les correcteurs font bien plus que juste les petites fautes d’orthographe, il y a un monde de détails à corriger. La syntaxe, la grammaire et l’orthographe ne sont que le tip of the iceberg. Les correcteurs peuvent (et je vous conseille de le faire) vérifier le ton global de l’ouvrage, les tournures peu claires à reformuler, raccourcir les phrases qui sont très souvent trop longues, diversifier le vocabulaire, vérifier les mots techniques et si besoin rajouter une définition en note de bas de page ou en index, vérifier les répétitions. Oh mais ce n’est pas tout ! Il faudra aussi suivre certaines règles de l’académie française quant à la ponctuation, et prendre des décisions de la plus haute importance : guillemets à la française ou à l’anglaise ? Les mots latin et anglais en italique ? Je ou Nous ? Des points aux titres ? Centimètres ou cm ? Et si c’est dans un tableau les règles changent ! Oh my goooood

Chacune de ces décisions va entrainer une foule d’adaptation à reproduire sur l’ensemble du manuscrit. C’est un travail de fond qui demande un temps fou. Non seulement pour celui qui corrige, mais aussi pour l’auteur qui doit repasser sur les suggestions, les valider ou invalider, reformuler ou détailler si nécessaire. Si j’avais bien fait, il aurait bien fallu 2 mois pour corriger tout mon texte. Comme je m’y suis prise trop tard j’ai dû faire travailler plusieurs personnes en simultané ce qui a été horrible car toutes n’avaient pas le même style et les mêmes conseils, finalement une personne supplémentaire s’est chargé d’unifier à la fin et on a dû travailler nuit et jour sans relâche, google word et ses suggestions sont devenu mon air et mon eau. (pardon je ne m’en suis pas encore remise)

Ce qu’il faut comprendre c’est que dans l’ordre du projet, il y a correction, puis envoi au graphiste, puis impression. C’est donc une étape de bouuuuut de ligne. Arrivé à ce stade le temps est incompressible. L’imprimeur a bloqué la date, ses machines et sa team, on ne décale pas quoiqu’il arrive. On sait que chaque jour de retard en correction empiète directement sur le travail du graphiste. Alors on fait des choix stratégiques : pénaliser le look ou l’écriture ? Horreur ! Je vous souhaite de ne jamais vous retrouver dans cette position. 

Maintenant que c’est derrière moi, si j’avais un petit conseil à donner à la Marion du passé, ce serait de prendre le temps de comprendre le travail du correcteur en amont. De définir avec lui les décisions à prendre sur le texte, puis de déterminer une timeline de correction (son taf) et recorrection (mon taf). Car nous avons perdu beaucoup de temps pour rien simplement parce qu’on ne s’était pas mis d’accord sur les modalités de travail.

Envoyer le manuscrit corrigé à son graphiste 💯

Le point le plus important est de lui envoyer la version la plus finale possible, car une fois passé dans son logiciel de mise en page, c’est relou pour lui de revenir sur un petit mot pour le corriger. À cette étape on gère deux documents de travail en même temps, le manuscrit (pour nous sur google word) et elle a la maquette sur indesign. Elle me fait des extractions pdf que je corrige grâce aux suggestions sur google drive. Cet outil est si pratique ! Je pouvais littéralement pointer la partie du dessin à corriger et expliquer ce qui n’allait pas. C’est fou de se dire qu’on a réussi à travailler si bien alors qu’elle est à Marseille et moi dans le Gers. On ne se sera vues que deux fois en tout sur ce projet ! 

Elle m’a conseillée d’imprimer quelques pages car le rendu des couleurs est très différent entre le papier et l’écran et c’était un excellent conseil. Elle a regardé un million de détails auquel je n’aurai pas pensé, le rythme des photos, les alternances de couleurs, les marges, la différenciation des pages techniques, les équilibres entre les parties, et j’en passe. Elle a aussi géré la numérotation des pages, le sommaire, le quatrième de couverture et le colophon. Bref elle assure et ça m’a bien aidé ! Un graphiste demande au moins 1 mois de délai entre la réception du texte final et l’envoi en impression, elle a réussi à le faire en 10 jours car on avait énormément avancé en parallèle. Ce qui est bien plus compliqué mais on n’avait plus le choix alors on fait comme tout le monde : on s’adapte !  

Gérer la logistique 💪🏻

Le transport

Pendant qu’elle faisait de mon texte un livre, j’étais loin de pouvoir me reposer. J’ai pourtant pris une semaine off et heureuse idée car la suite serait éprouvante moralement ET physiquement ! Il fallait assurer la partie logistique.

Dans un mois j’allais recevoir 2500 livres, soit 5 palettes, 2 tonnes, et je n’avais aucune idée de quand, comment et où les envoyer. J’ai contacté tous les transporteurs du monde pour essayer de trouver l’option la plus économico-pratique pour mon cas de figure. Il s’agit d’envoyer beaucoup de livre d’un coup (les 800 préventes) puis quelques livres toutes les semaines au compte-goutte. Difficile de faire établir un contrat intéressant avec cette proposition. Les transporteurs privés proposent des avantages non négligeables : retirer le stock de livre directement au domicile et parfois proposer d’imprimer eux-mêmes timbres et étiquettes. Néanmoins le tarif reste très élevé comparé à des envois directs à la poste (environ 9 € / livre en transporteur privé contre 6,50 € à la poste). Heureusement mon livre fait environ 2cm d’épaisseur, donc même avec l’emballage, ça reste en dessous de 3cm, ce qui permet de l’envoyer en format lettre.

L’emballage

Concernant les envois, j’ai une contrainte supplémentaire : je ne veux pas de papier bulle ! Ça n’a l’air de rien mais c’est une sacrée contrainte que je me suis imposée pour limiter l’utilisation du plastique dans mon projet. Je dois trouver un emballage cartonné pas trop épais pour ne pas dépasser les 3 cm, pas trop fin pour bien protéger le livre, et évidemment au bon format. Tout ça sans avoir un seul exemplaire de livre pour tester ! Je me fais finalement livrer des échantillons par un fournisseur adorable, et je glisse dedans plusieurs livres pour atteindre le format supposé du livre – sans oublier les contreparties – afin de me rendre compte du rendu. J’appelle mon imprimeur qui est toujours là dans mes moments de doute (merci Manu). Il s’y connait en bouquins et m’explique que la clé pour que celui-ci ne soit pas abimé dans le transport, c’est qu’il soit bien serré dans sa boîte. S’il y a du flottement, alors il va glisser, alors il va s’abimer. J’ai trois formats différents à prévoir : le livre seul, le livre avec les contreparties (donc un tableau cartonné fin mais grand) et des doubles livres bien plus épais donc. Je trouve un carton idéal pour chaque taille sauf le double livre que je devrais rembourrer avec du papier kraft de récup. 

Ces deux missions transporteur + emballage m’auront bien occupé deux semaines, à quoi il faut rajouter la préparation des contreparties (là je m’y étais prise à l’avance youhouuu), l’impression de autocollants cadeaux, l’achat du papier à étiquettes « adresse » et « timbres » puisqu’en passant par la poste il faudra tout faire nous-même.  

L’impression 📖

Le graphiste envoie le document final à l’imprimeur qui va le passer en format imprimable. Les feuilles vont être disposées sur des plaques afin d’optimiser le papier (je le montre en story IG). Il y a de nombreuses étapes techniques sur lesquelles je ne vais pas entrer en détail car je m’y connais trop peu, mais dans mon cas de figure le processus a duré deux semaines. L’imprimeur a pris le temps de vérifier que la qualité des photos était suffisante pour offrir un bon rendu, mais ils ne regardent pas l’orthographe ni la numérotation des pages. S’il reste des coquilles ce n’est pas leur problème, il convient donc de leur donner un document final sans fautes. Une fois que c’est passé en machine on ne touche plus à rien.

Dire que moi dans mon pays des bisounours je pensais qu’ils allaient m’imprimer un livre, que j’allais rentrer chez moi avec, pépouz dans mon canap. Que j’allais pouvoir le regarder sous tous les angles, choisir de changer telle couleur ou tel bout de paragraphe puis retourner les voir pour que ce soit corrigé. Mais pas du touuuuut !! « Not a bisounours world » mes amis. Techniquement ce n’est pas possible. Simplement parce que des plaques sont préparées sur mesure, les feuilles ne s’impriment pas à l’unité mais par batch de centaines d’unité, la plieuse aussi le fait à la chaîne, puis la machine à coudre. Bref tout est pensé pour une très grande échelle. 

Deux semaines après leur avoir envoyé le document je me suis rendue sur place pour assister à l’impression et signer le bon à tirer. Je pourrai vérifier les marges, voir un rendu papier, et la seule chose que je serai en mesure de demander c’est un ajustement colorimétrique. J’arrive et c’est la catastrophe, rien ne sort comme prévu, on a eu des soucis techniques (faute de communication, format de fichier), le livre était horrible ! J’avais un trou dans le ventre de la taille d’une pastèque. Mais bon je savais que la machine (un truc enooorme) m’était réservée pour la journée, j’imagine que ça me serait facturé quoiqu’il arrive, que je devais faire au mieux là tout de suite. Alors on a résolu les problèmes techniques les uns après les autres, avec nos masques, le brouhaha de l’usine et ma graphiste en visio. Je n’ai rien lâché, j’ai voulu tout comprendre pour trouver des compromis sur chaque détail et comprendre ma marge de manœuvre. Finalement on a trouvé des solutions pour presque tout. J’ai dû faire une série de petits sacrifices mais je m’en suis bien sortie. 

Ces problèmes techniques n’étaient pas prévisibles, rien ne sert donc de rentrer en détail dedans. Par contre ce qui peut vous être utile c’est un oubli stupide de ma part : nous avons choisi de travailler sur du papier recyclé pour une question éthique. (Un choix dont je suis ravie mais qui coûte dans les 2.500 € supplémentaire #gloups). Sauf que lors de nos tests d’impression j’avais utilisé du papier de mon imprimante toute bête. Guess what ?… le papier recyclé n’est pas blanc, il est plutôt beige clair. Ce qui est très joli sauf que le rendu des couleurs est différent ! Sur les photos rien à redire elles sont nickel, par contre les pleines pages de couleurs et la couverture sont très différentes de ce qu’on avait projeté. (ce n’est pas moche heureusement). Dommage, j’aurai pu y penser ! 

Je signe tout et je rentre chez moi avec des rouleaux de planches sous le coude. Ces énormes feuilles sont le rendu de ce que vont être les pages, donc la couleur et le papier final. Mais c’est encore difficile de s’imaginer comment ça va rendre en format livre.

Il faudra encore attendre deux semaines pour le recevoir chez nous ! 5 palettes qui sont livrées par un camion et laissées sur place. Nos petits bras attraperont tous les cartons (12kg chaque) un par un pour les entrer et les stocker dans un endroit sec et aéré.

La réception 📦

les sourciers le livre

Prendre le temps de contempler son nouveau-né. On en connait chaque mot et pourtant c’est la première fois qu’on le voit en entier, qu’on se rend compte de sa texture, de sa taille, de son poids et des couleurs finales. C’est un moment dingue !

La distribution 🚘

les sourciers le livre

Pas le temps de rêvasser, des centaines de personnes attendent leur bouquin, ils ont suivi mes aventures jour après jour sur les réseaux sociaux, ils savent que je l’ai entre les mains. Je ne veux pas les faire attendre et pour être honnête les messages de « quand est ce que je le reçois » m’angoissent. Alors je décide de faire tous les envois immédiatement. Seule c’est impossible, j’embauche une team de superhéros en pensant que ça prendrait deux jours… mais non ! Nous sommes 4 à y passer 4 jours de la réception des colis au dépôt pour 800 livres. 

Nous étions pourtant organisés comme une usine Ford, avec une belle chaine de travail. Déballer les livres, y glisser les autocollants et contre parties, souffler les cartons, fermer la boîte et étiqueter l’adresse de retour. Puis dans une autre étape coller l’étiquette nom et le timbre tout en enregistrant le numéro de suivi correspondant (très important de faire suivre ses colis, plusieurs ont fait fausse route…).

Ce qui a pris le plus de temps sont les cas particuliers : 

  • Une centaine d’envois à l’étranger pour qui il faut éditer des timbres distinctifs à chaque fois. 
  • Des doubles envois qui nécessitent une boite particulière avec un rembourrage fait main et des timbres colissimo (ne rentrent pas en format lettre)
  • Les contre parties un peu particulières.
  • Et surtout tous les cas par cas : une dédicace par ci, un changement d’adresse par là, untel qui veut les faire envoyer à un autre nom, machin en a commandé deux séparément mais les veut dans la même boite, là l’adresse est chelou il faut contacter la personne, … bref la galère.

Ce qui m’a marqué dans ce travail est que je m’attendais à de la manutention pure, donc un chouette atelier manuel où on écoute de la musique et où on se raconte des blagues comme quand on prépare le pesto ou la confiture. Mais pas du tout, c’est à la fois physique (porter des cartons par ci puis par-là), manuel (plier ouvrir poser coller) et surtout intellectuel (concentration intense pour ne pas se planter de destinataire) ! Pas de musique ni de blague on a passé 4 jours à être au max de notre attention. On était épuisés !  

Une fois que tous nos cartons d’enveloppes tout beaux tout timbrés sont prêts, on ne sait pas trop où se rendre. Finalement on n’a jamais réussi à avoir une réponse claire de la poste quand on s’y était rendu quelques jours plus tôt. On charge le break d’une demi tonne de livres (la moitié de ce qui était prêt) et on se rend dans le bureau de poste le plus proche. On va tenter notre chance comme ça. Je prends une enveloppe à la main et je fais la queue avec mon petit masque comme plein de gens. Une conseillère veut me prendre le colis des mains mais je lui explique que j’en ai 800 comme ça dans mon coffre. Elle me dit « ok bon posez là ici » en me montrant un coin de la boutique. Heureusement sa collègue visualise mieux qu’elle la montagne que ça représente et tout de suite elle me dit la phrase qui sauve : « non, non, on ne peut pas les réceptionner ici madame, allez les livrer directement au dépôt de la poste, à telle adresse. »  Aaaaaah !!! Oui ! 

On se rend à cette adresse en roulant tout doucement car la voiture est bien bien proche du sol (haha la pauvre). On arrive et c’est tout ce dont on avait rêvé : un immense parking, un grand hangar et des charriots. Youhouuu (j’étais surexcitée) on décharge notre première cargaison et on file dans la voiture toute allégée pour charger la deuxième montagne de paquets tout aussi lourd. Une tonne est ainsi déposée au centre de tri de la poste. Un employé très sympathique vient vérifier que tout soit ok, il est heureux de constater que tout est étiqueté et organisé par destination. Rien à payer puisque j’avais déjà réglé et imprimé les timbres sur le site de la poste. On rentre chez nous en flottant de fatigue et de satisfaction.

La routine 😇

les sourciers le livre

Depuis ce gros envoi, je reçois tous les jours des commandes sur notre site web, on continue à aller à la poste (normale cette fois) tous les jours car comme les fêtes approchent il y a beaucoup de commandes et tout le monde est stressé de le recevoir à temps. Mais après Noël je pense centraliser les commandes et faire les envois une fois par semaine voire une fois tous les quinze jours. 

Je suis très contente du choix d’envoi « lettre suivi », c’est un peu plus cher mais cela permet de savoir où en est le colis quand la personne s’impatiente de ne pas avoir reçu son livre.

Les commandes se font sur une plateforme donc la gestion est assez simple, par contre la relation clientèle est très très chronophage. Il y a des questions sur le livre, des souhaits particuliers (dédicace / envoi à l’étranger), des colis perdus (rare heureusement), des félicitations, des suggestions, … Il faut passer du temps à répondre à tout le monde. Actuellement on y passe 1 à 2 heures par jours ce qui est énorme. En plus de ce temps « logistique et relation client » il faut gérer la communication pour continuer à faire parler du livre, et on est en train de réfléchir tout doucement à comment aborder les envois presse. 

Tout le monde me demande si je suis soulagée « maintenant que mon projet livre est terminé » mais pour être tout à fait sincère je n’ai pas l’impression qu’il soit vraiment terminé ! 

CONCLUSION

Je suis très fière d’avoir mené ce projet d’un bout à l’autre, de tout avoir expérimenté et d’en avoir bavé sur toute la ligne. Si la liberté et l’expérience gagnée est énorme, je comprends que l’auto-édition ne soit pas le projet de tout le monde. L’investissement humain est énorme, le stress monstrueux, et la tréso aussi. Je ne m’en rendais pas compte quand je n’en étais qu’en étape d’écriture, mais maintenant que je suis passé sous le rouleau compresseur, je comprends que travailler avec une maison d’édition fait gagner énormément de tranquillité d’esprit. L’auteur ne fait qu’écrire et il n’a pas à se prendre la tête sur le reste. Et le reste est titanesque. Je pensais aussi que la marge en auto-édition serait bien plus importante, je me disais au moins 50% ce qui me semblait plus juste, mais je n’avais pas conscience de tous les coûts associés. 

Je conseille cette expérience à tous les curieux, le courageux, les jusquauboutistes. De mon côté je vais finir de vendre mon stock de cette façon, et si on lance une réédition je passerai par une maison d’édition ou un distributeur pour ne plus avoir à m’occuper de la partie logistique. De toute façon maintenant le livre existe, tel que je l’avais imaginé, et ça personne ne pourra ne me le reprendre.

Besitos

MARION

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